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Mes Critiques de Films

  • Toutes mes Critiques de Films publiées sur CineMovies!!


    1. Le Grand Embouteillage

      Publié le 19 Aout 2009 à  11:53

      Il y a deux films en un dans Le grand embouteillage de Luigi Comencini. Il y a cette comédie purement italienne qui occupe la première moitié du film puis il y a cette tragédie horrible qui prend place lors du second acte, à la nuit tombée.

      Près de Rome, les voitures s'amoncèlent sur la route jusqu'à la remplir, la remplir tellement qu'elles resteront toutes bloquées des heures durant, une journée entière même. Des couples, des amis, des familles, des solitaires qui regardent les heures passées, qui attendent au bout du désespoir et qui passent par un panel d'émotions. C'est l'humanité toute entière, l'éventail de la société italienne qui se présente dans le film. La politique, les moeurs, l'immoralité, les codes sociaux, le cinéma, la célébrité: tout s'y précipite. Le grand embouteillage donne l'impression d'un immense fouilli, d'un magma, d'une fourmilière, d'un bordel sans nom où chacun se bouscule, se heurte ou s'évite. Mais ce n'est que l'impression donnée par le réalisateur Luigi Comencini qui dirige son film d'une main de fer.

      Comme il fût dit précédemment, la première partie du film est une pure comédie à l'italienne. Comencini dresse le portrait (assez caricatural) de ses multiples protagonistes et offre par la même occasion aux spectateurs un grand nombre d'acteurs prestigieux: de Patrick Dewaere jusqu'à Marcello Mastroianni en passant par Ugo Tognazzi ou encore Alberto Sordi. Il y a dans l'ordre le "passionné" sexuel, la star de cinéma, le professeur qui couche avec la femme de son fils et le politicien véreux.
      Si au départ, Comencini invite à rire de ses personnages, c'est pour mieux prendre à revers par la suite le spectateur. Et c'est ce retournement de situation brutal qui fait du Grand embouteillage un film magnifique.
      La nuit (symbolique) révèle les plus bas instincts de l'être humain ou peut-être sa nature la plus profonde, celle que nous tentons d'enfouir derrière une forme de civilisation. Viol, violences physiques, vols, tromperies, mensonges, arnaques, tout y passe. Toutes les immondices, toute la bassesse de la nature humaine remontent à la surface, comme semblant jaillir d'un égout. C'est à vomir. L'on veut détourner les yeux mais Comencini enfonce notre regard sur cette sordide vérité. Nul échappatoire possible et cela est terrible.

      Le grand embouteillage est une satire sociale, un film choral sur ce que nous pouvons être et son coup d'audace est d'avoir placé son action au milieu de voitures, sans pour autant ne jamais provoquer l'ennui, bien au contraire...

    2. Là-haut

      Publié le 19 Aout 2009 à  11:53

      Pour beaucoup et suite aux succès toujours surprenant des précédents Pixar, c'est l'exigence qui prime devant ces films. Le prochain sera-t-il aussi bon que celui d'avant ? Sera-t-il meilleur ? La déception va-t-elle poindre le bout de son nez ?
      Aujourd'hui, après 15 ans environ de service et après la concrétisation de 10 longs métrages, c'est un peu le doute et la peur qui s'installent. La peur de sortir d'un Pixar sans le sourire, ne retenant que les défauts et oubliant le reste.
      Pourtant, aucune raison d'avoir peur ou de douter de Là-haut car le film est, lui aussi, une réussite, une petite merveille signée du génie de Pixar de bout en bout. Seules quelques erreurs se glissent (comme l'âge de nos deux « vieux » protagonistes qui ne colle pas vraiment) mais il faut les chercher et au final, c'est la tendresse et l'émerveillement qui l'emportent.

      L'émerveillement car une fois de plus, le dépaysement est total : après avoir exploré les fonds marins, le romantisme de Paris ou l'infini de la galaxie, c'est au tour de la luxuriante végétation de l'Amérique du Sud d'être prise pour cible, avec le charme que confère cette petite maison transportée par des ballons aux milles couleurs. Cette petite maison volante produit un effet profondément attendrissant, d'une part parce qu'elle a son histoire et d'autre part parce qu'elle s'en va défier un environnement qui n'est pas le sien. Carl Fredricksen fait preuve de témérité en partant à l'aventure, chose dont personne ne l'aurait jamais cru capable. Car c'était plutôt Ellie, sa femme, la véritable aventurière. C'était elle qui débordait d'énergie et d'enthousiasme, elle qui ne cessait de parler et de s'agiter. Carl, lui, écoutait, souriant, calme et tranquille.

      Mais depuis qu'il est seul, il n'a plus rien à perdre et l'aventure ne lui fait plus peur. Car Là-haut est un film sur des êtres seuls qui veulent faire leurs preuves. Charles Muntz est un vieil explorateur délaissé par tous et qui désire prouver qu'il n'est pas fou. Russell, le jeune scout, est abandonné par son père à qui il veut prouver que, comme lui, il peut être un Indiana Jones. Doug, le chien parlant, est rejeté par les siens et vont donc montrer qu'il peut être un bon chien. Il y a enfin, Kévin qui ne veut qu'une chose : la tranquillité.

      Dans Là-haut, ce sont des protagonistes qui transportent leurs bagages, leurs blessures, leur « passé » et qui vont apprendre la solidarité et l'amitié la plus profonde envers de parfaits inconnus. Ils vont apprendre à se donner et à donner en retour. Car chacun oeuvre pour soi mais également pour l'autre. C'est une circonstance, un lieu qui leur apprend à se dépasser. Et on peut dire que le lieu (les lieux) est de toute beauté. C'est cela aussi la marque de fabrique Pixar : le souci absolument extraordinaire et jusqu'au-boutiste apporté aux détails. Les sons sont remarquables (notamment le « cri » de Kévin), le pelage des chiens est étonnant de réalisme, tout comme la nature si vivante. Là-haut est un débordement de couleurs vives, un torrent de vie.

      Le film est aussi un débordement d'amour et de tendresse. Très souvent, on passe du rire aux larmes en une fraction de seconde. Il y a cette douce tristesse qui nous envahit, il y a ce petit sourire en coin qui apparaît et il y a également ces grands éclats de rire provoqués par des scènes réellement hilarantes. Encore une fois, ce Pixar est un bouillonnement d'émotions. Les premières minutes notamment sont un exemple, une leçon de cinéma dans le prolongement même de ce qu'avait pu faire avant Wall-E.

      Au final, on trouve bien sur cette morale douce et très discrète. Une morale propre aux Pixar et qui est un peu leur moteur : chaque Pixar appelle à croire, un temps soit peu, en son prochain. A croire qu'il y a du bon en l'autre et qu'on peut y trouver une main tendue, si on accepte de tendre la sienne. Et la plus grande aventure de Là-haut n'est pas celle que vive Carl et Russell, c'est celle du quotidien, celle qu'ont vécu Carl et Ellie durant toutes ses années. Elle est là la véritable aventure : capable de rester amoureux jusqu'à la fin, de rester ensemble quoi qu'il arrive.

      Alors, mes amis, peut-être que dans les années à venir certains Pixar feront poindre en vous une légère déception, mais n'oubliez pas que leurs films sont uniques, leurs sentiments sont sincères, leur imagination toujours débordante et leur perfectionnisme toujours éclatant. Et de Là-haut, on sort rempli de bonheur car on était parti durant 1H35 loin du temps?

    3. La Journée de la jupe

      Publié le 19 Aout 2009 à  11:52

      La journée de la jupe apparaît clairement comme le contre-point ultime d'Entre les murs, avec peut-être entre les deux films, L'esquive. En effet, le langage est le même, les jeunes issus du même milieu mais La journée de la jupe a l'audace de crier tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Certes le message du film n'est pas à prendre comme une règle d'or, mais c'est un regard tranché et certainement aussi une provocation voulue pour pousser à la réflexion (et peut-être aussi pour pousser le gouvernement à une vraie réflexion).

      Dans un collège certainement classé en ZEP, une professeur de lettres (Isabelle Adjani) dérape suite à un début de cours chaotique et s'empare d'une arme qu'un élève avait en sa possession. Elle prend alors la classe en otage et impose enfin son autorité, remettant ainsi les pendules à l'heure.

      Dès l'ouverture, les insultes fusent comme s'ils n'existaient pour eux aucun autre langage. La culture populaire est là, dans toute sa dimension, exit la politesse, la culture, le raffinement mais derrière leur insolence, lorsqu'on touche à leur religion, ils font appel au respect. Drôle de paradoxe, drôle de morale qu'ils lancent. Autant de bétises, d'absurdités qui vont être corrigées (ou tout du moins démontées) dans et par la violence. La violence d'une prof qui n'a plus d'autre choix que de prendre les armes pour se faire entendre. Et alors, son déparage devient tout à fait crédible car l'on sait que n'importe qui, dans une telle situation, à bout de nerfs, pourrait perdre les pédales.
      Isabelle Adjani apporte beaucoup de crédibilité au film. Elle est d'ailleurs la raison, à moitié, de la réussite du film. Véritable pilier, l'actrice passe par une foule d'émotions avec une facilité et une puissance déconcertante. Entre folie et précision, son jeu mérite les éloges.

      Il faut dire que le film possède un script quasi parfait. Ecrit avec beaucoup de soin, cela se ressent dans la mise en scène. Chaque rebondissement ne laisse jamais par la suite le rythme retombé mais trouve son parfait écho. Le réalisateur, Jean-Paul Lilienfeld, a instauré un climat étouffant, avec cette pièce aux couleurs sombres, qui contrate toujours avec l'extérieur, lumineux, qui se laisse "submerger" par ce qui l'entoure.

      Dans les élèves pris en otage, on retrouve les habituelles caricatures, mais elles sont très crédibles et ne mettent jamais en péril le but du film. Au contraire d'ailleurs, elles font sa forceé. Jean-Paul Lilienfeld joue des différents élèves, leur donnant à chacun un rôle dans la prise d'otage.

      Le film se termine sans un once d'optimisme, ce qui ajoute considérablement à sa férocité. Les dires du film, "clamées", sont ici étouffées avec violence, sans réflexion, ce qui rejoint alors la vie réelle.

      La journée de la jupe met en avant des problèmes graves tel que le viol, l'irrespect, la violence. Des sujets qui deviennent de plus en plus chroniques et banals dans certaines de nos salles de classe.

      Alors si Entre les murs a raflé une Palme d'Or qui lui a permi de clamer son discours, La journée de la jupe, même s'il ne mérite peut-être pas un tel prix, mérite que l'on parle autant de lui.

    4. Les Etreintes brisées

      Publié le 04 Juin 2009 à  14:21

      Depuis Tout sur ma mère, le cinéma d'Almodovar se fait à la fois plus posé, plus précis et plus "complet". Son art s'est affiné, l'élève fougueux est devenu un maître presque accompli. Son cinéma n'a plus à faire ses preuves mais aujourd'hui, le défi de Pedro Almodovar est de se réinventer, tout du moins d'achever ce que certains voient comme une période de "transition". Un moment où il contemple ses oeuvres passées, où il fait le point sur ses films précédents tout en se tournant vers l'avenir. Un entre-deux qui trouvent son aboutissment le plus abouti avec Les Etreintes brisées. Après ce film qui est une sorte de couronnement, Almodovar aura la dure tâche de prendre un nouveau virage, s'il ne veut pas prendre une pente ascendante.

      Mais tout cela n'enlève rien à la beauté, à la force du film. Les Etreintes brisées est un film qui confond, qui perd et qui passionne. Si le début est difficile, si la concentration doit être optimale, c'est pour mieux ensuite savourer les tribulations de ces différents personnages, tous divers mais tous liés au final. Et si Almodovar prend autant de temps à lancer son intrigue, c'est pour la solidifier au maximum, pour lui donner toute sa contenance et pour qu'elle éclate avec puissance par la suite.

      Et il y a un contraste à la fois fort et évident entre le mise en scène d'Almodovar, le rythme du film et l'émotion qu'il transporte, cette folie amoureuse qui s'exprime aussi bien par des pulsions sexuelles que passionnelles. Almodovar, encore une fois, filme la passion amoureuse (dévorante), la folie des sentiments, mais avec une lenteur extrême, avec un contrôle rigoureux (des mouvements lents de caméra, de longs plans fixes). Alors le film peut sembler durer une éternité, mais c'est parce qu'Almodovar ne se lasse pas de filmer ces étreintes brisées. Et parce qu'il ne se lasse pas de filmer le cinéma. Car le film est également une déclaration d'amour au cinéma, par le biais de Penélope Cruz et de Chicas y Maletas (le film dans le film).
      Penélope Cruz qui est sublissime. On rejoint quelque peu L'étrange histoire de Benjamin Button et la fascination que David Fincher était parvenu à extraire de Brad Pitt. Ici, Pedro Almodovar fait de Penélope Cruz une légende du 7ème art, une actrice à la beauté intemporelle et immortelle. Et l'on désire alors que chaque plan dure plus longtemps encore, que l'essayage des perruques ne finisse jamais, tout comme les arrêts sur image de Jeanne Moreau dans Jules et Jim. C'est le cinéma qui capte pour l'éternité la beauté profonde d'une actrice.

      Le film dans le film, lui, est le retour à la Movida d'Almodovar et l'expression la plus directe de ses sentiments pour le cinéma. Le réalisateur espagnol se regarde, regarde son cinéma et clame son amour. Un amour fou également car il ne peut s'empêcher de s'auto-citer (les talons aiguilles rouges, les gaspacho rempli de somnifères) tout comme il ne peut s'empêcher de placer ses classiques (Ascenseur pour l'échafaud par exemple). Et Chicas et Maletas est la déclaration d'amour de Mateo Blanco (comprendre Pedro Almodovar) a la seule femme qu'il n'a jamais aimé, Lena (Penélope Cruz). Un film qui inscrit dans le temps son amour pour elle et qui surpasse les passions de ce vieux dégoutant d'Hernesto Martel (Jose Luis Gomez).

      Les Etreintes brisées c'est une histoire qui finit forcément dans la douleur. Une douleur déchirante qu'Almodovar fait exploser avec douceur dans son cadre si défini, si maîtrisé.
      Un film difficile, au final, mais qui porte en lui une beauté intense et triste. Une beauté brisée, mourrante...

    5. Che - 2ème partie : Guerilla

      Publié le 08 Avr 2009 à  18:56

      Steven Soderbergh offre avec son dyptique sur le Che un regard intéressant et critiquable. Si dans sa première partie intitulée L'argentin, il s'était penché sur la révolution cubaine et aux idées et idéaux défendus par Ernesto Guevara, il tranche nettement dans sa seconde partie (Guérilla), plus "sombre", plus désespérée qui retrace la révolution ratée en Bolivie.

      Après la victoire à Cuba, le Che ne souhaite pas s'arrêter là en effet. Il dépasse les barrières étatiques et il entend jouer de son mythe afin de soulever des forces nécessaires pour le rétablissement de la démocratie, pour l'abattement des dictatures (quelles que soit leurs formes) dans les pays sud-américains tout d'abord. Il se rend donc clandestinement et incognito en Bolivie avec pour objectif de renverser le pouvoir en place.
      Très rapidement, et très clairement, le but de ce second segment apparaît: il s'agit du contre-point parfait de Cuba. Il s'agit de montrer comment une révolution peut échouer et a échoué. Il s'agit d'opposer, de confronter, de comparer le cas de la Bolivie à celui de Cuba à travers le prisme du Che.

      Le manque d'organisation, d'implication, de motivation se fait sentir parmi les hommes. Une notion d'étranger est également présente. D'un côté, il y a ceux qui pensent que le mythe du Che va les porter à la gloire et ceux qui pensent qu'un étranger n'a pas à diriger de façon si arbitraire les affaires de leur pays. Cette confrontation perpétuelle, ce manque d'engagement les mèneront à leur perte. Seuls une poignée étant vraiment motivés et prêts à donner la vie pour leur "noble" cause.
      L'échec de l'opération est due également à la réponse militaire très forte des autorités qui ont parfaitement su ne pas reproduire les erreurs de Cuba. Che Guevera manque d'un appui fort dans le pays, il n'a pas son Fidel Castro et il est peut-être encore dans l'illusion que l'affaire se concluera aussi "facilement" qu'à Cuba.

      La révolution bolivienne est faite pour mettre à mal, pour détruire (presque) les désirs, les rêves du Che, pour mettre ses croyances et ses idées à l'épreuve. Au final, Soderbergh finit de dresser son portrait presque angélique grâce à cette "ultime" épreuve. Il déifit la figure du Che, la sacralise. Si ses actes sont parfois condamnables, ses idées ne peuvent qu'être louées. Il est mort la tête haute. Il n'a jamais trahi ni les siens, ni les causes qu'il défendait. Jamais corrompu. Jamais menteur. Toujours dans l'effort. Toujours dans le combat. Et l'acteur Benicio Del Toro signe une performance absolument incroyable (légendaire ?) car il incarne tout cela sans l'ombre d'un doute ou d'une faiblesse.

      Alors les films de Soderbergh vont clairement dans le sens de l'image qui est véhiculée de nos jours du Che, mais ce dernier a considérablement intellectualisé deux tranches de l'existence du Che: ses deux révolutions, pour montrer l'immobilisme de sa pensée et de son intégrité, tout cela au coeur de deux situations historiques à la fois similaires et opposées. Ses deux films sont donc en quelque sorte des exposés parfaitement chorégraphiés et organisés, destinés à ne lever aucun doute sur la légende (méritée selon Soderbergh) du Che. Soderbergh livre une étude de caractère très précise, sans fard ni manigence. A chacun après de croire ou non à son discours. A chacun après de continuer (ou non) à creuser le mythe du Che.

      Mais Steven Soderbergh prouve une fois de plus son audace de part la façon dont il a abordé son sujet, même s'il ne cherche nullement à remettre en cause l'image déjà acquise par les masses du Che, comme si elle était immuable pour toujours.