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Mes Critiques de Films

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    1. Le Bonheur est dans le pré

      Publié le 14 Nov 2006 à  16:27

      Avec LE BONHEUR EST DANS LE PRE, Etienne Chatiliez réalisait en 1995 une comédie savoureuse au titre certes peu accrocheur mais qui allait connaître un véritable succès populaire concrétisé par près de 5 000 000 millions d'entrées. Il faut dire que le film regorge de nombreux atouts dont les principaux sont l'originalité du scénario, le jeu des acteurs et un humour très efficace…

      Harcelé par l'Urssaf, les ouvrières de son usine de lunettes de WC, sa femme et sa fille, deux emmerdeuses notoires, Francis Bergeade (Michel Serrault) craque. Mais un événement exceptionnel va changer le cours de son destin : une émission dont le principe ressemble à s'y méprendre au « Perdu de vue » présenté en son temps par Jaques Pradel lance au nom d'une mère et de ses deux filles un avis de recherche dont le signalement ressemble trait pour trait à Francis. Dès lors, avec la complicité de son pote Gérard (Eddy Mitchell), il décide volontairement de prendre la place de cet être disparu tant désiré. Il faut en convenir, le scénario est peut-être joyeusement roublard mais il va donner lieu à des situations si comiques et si rocambolesques que les sourires s'affichent naturellement sur les lèvres. Mais l'histoire n'est pas seulement amusante, elle a aussi le mérite de nous montrer la vraie vie, loin de l'existence souvent stressante des citadins, la vie saine des gens de la campagne, ces gens qui travaillent dur tout au long de l'année et qui se satisfont de choses simples comme la « bonne bouffe », les copains, le grand air, la nature … A ce titre, l'ambiance maussade et grise de Dole, petite sous-préfecture du Jura contraste nettement avec le temps ensoleillé en les décors colorés du Gers. En ce sens, le film d'Etienne Chatilliez est une ode à la ruralité !

      Si l'originalité du scénario ne fait aucun doute et explique en partie le succès de LE BONHEUR EST DANS LE PRE, il faut reconnaître que le jeu époustouflant des acteurs n'est pas en reste. La prestation d'Eddy Mitchell en concessionnaire aussi grossier que volage a d'ailleurs justement été récompensée du César du Meilleur Second Rôle demeure totalement succulente. Michel Serrault, premier rôle du métrage, paraît même un peu en retrait mais réussit à composer un personnage attachant qui prend visiblement un plaisir non dissimilé à faire rire le spectateur de sa lassitude omniprésente. Les autres comédiens sont aussi responsables de la qualité du film : Sabine Azéma est véritablement délicieuse en dame embourgeoisée et Carmen Maura réussit à trouver le ton juste pour jouer un personnage tendre et empli de gentillesse. Seuls les frères Cantona noircissent quelque peu le tableau et démontrent s'il en était encore besoin que le métier d'acteur nécessite un minimum de talent.

      Il faut, pour terminer, dire un mot de l'aspect humoristique du film qui se matérialise soit par des situations comiques et volontiers caricaturale (on pense à l'émission télévisée, au sport national qu'est le levé de coude, aux fréquentations des filles de Dolorès) mais surtout par des répliques efficaces. Ainsi, celles totalement décomplexées et pleine de vulgarité débitées par Gérard, personnage qui symbolise la beaufitude primaire, sont-elles totalement jouissives de bout en bout du film, notamment celles fusant en direction de Nicole (Sabine Azéma), l'épouse de Francis.

      Bien que souvent truculent, LE BONHEUR EST DANS LE PRE ne constitue pas une réussite totale puisque la fin du film semble malheureusement bâclée et la chute assurément décevante. A défaut d'avoir réalisé un chef d'œuvre, Etienne Chatilliez a su concocter un concentré de bonne humeur communicative aidé en cela par des comédiens concernés et notamment par un formidable Eddy Mitchell. LE BONHEUR EST DANS LE PRE restera un divertissement populaire de grande qualité dont le thème musical, reconnaissable entre mille, trottera longtemps dans la tête une fois le générique de fin terminé et donnera inévitablement envie d'aller, quelques instants durant, rejoindre au soleil cette joyeuse troupe pour un retour aux sources certainement bénéfique à tout un chacun.

    2. L'Enquête corse

      Publié le 13 Nov 2006 à  14:35

      Trois années après leur réunion plutôt malencontreuse dans le très dispensable LES VISITEURS EN AMERIQUE, Christian Clavier et Jean Réno se retrouvent dans le nouveau film d'Alain Berbérian, L'ENQUETE CORSE. Avec ce film, signe une honnête adaptation de la célèbre bande dessinée de Pétillon. Cette enquête de Jack Palmer nous entraîne sur l'île de Beauté au contact de ses autochtones, de leurs traditions et de leurs luttes quotidiennes et le métrage s'amuse joyeusement, mais pas toujours très habilement, il faut en convenir, des clichés relatifs à la Corse : le caractère bien trempé de ses habitants, le sens de la famille, les coutumes locales sans oublier les factions indépendantistes.

      Ici, les situations comiques et abracadabrantesques vont se succéder les unes aux autres et permettre ainsi à un Christian Clavier convaincant en Jack Palmer, de nous livrer une interprétation toute en retenue, bien loin de ses habituelles surenchères si insupportables. De son côté, Jean Reno, dans le rôle d'Ange Leoni, chef indépendantiste solitaire et sanguin, propose une prestation de qualité moyenne : en effet, il surjoue bien trop souvent mais cela est quelque peu atténué par les efforts qu'il a visiblement faits pour adopter l'accent corse le temps du tournage… Dans l'ensemble, le duo fonctionne plutôt bien et cabotine moins que d'ordinaire. De plus, il se trouve entouré de comédiens corses recrutés sur place et qui prennent visiblement du plaisir à jouer les stéréotypes. Il ne faut pas oublier la touche féminine apportée à cette adaptation cinématographique en la personne de la sublime comédienne italienne Caterina Murino, véritable bombe sexuelle qui imprime un érotisme soft mais au combien efficace dès son apparition à l'écran et en particulier lors de la scène de déshabillage sur la plage qui, a elle seule, vaut le détour.

      Cependant, la romance naissante entre la jolie Corse et Jack Palmer va ralentir le rythme du film et dès lors, l'humour se fait moins présent, moins efficace, moins soutenu et seule la vue de la belle Caterina Murino pourra par instants provoquer quelques moments de plaisir pour nos yeux. Malgré ses lourdeurs grossières et son scénario qui laisse peu de place aux surprises, L'ENQUETE CORSE demeure une comédie populaire sans prétention dont le but est de faire sourire Le pari n'est certes pas tout à fait réussi mais offre une bonne occasion au tandem Reno-Clavier de faire oublier durant quatre-vingt-dix minutes qu'ils peuvent jouer d'autres personanges que Godefroy de Montmirail et Jacquouille la Fripouille …

    3. Les Noces funèbres de Tim Burton

      Publié le 13 Nov 2006 à  11:01

      Un métrage de Tim Burton demeure toujours un petit événement. L'ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK date déjà de plus de 10 ans et s'imposait en son temps comme un chef d'œuvre de virtuosité technique. Le spectateur était donc en droit de s'attendre à un film de meilleure facture à ce niveau et force est de constater qu'il ne sera pas déçu à ce titre. Ainsi, on retrouve dans LES NOCES FUNEBRES, une fluidité de l'animation, des mouvements de caméras tout bonnement incroyables, des personnages dotés d'une très large palette d'expressions faciales véritablement bluffantes de réalisme. Chacun l'aura compris, l'aspect esthétique est véritablement irréprochable et la majorité des passages sont totalement sublimes grâce à une photographie superbe, des éclairages de toute beauté et cadrages fort judicieux.

      Tim Burton a voulu créer un univers glauque et macabre et si l'aspect visuel réussit amplement son pari, il faut aussi dire un mot sur l'impeccable bande sonore concoctée par Danny Elfman qui plonge d'emblée le spectateur dans ce monde fantastique si particulier. Tour à tour mélancolique, lyrique ou festive, les registres sont variés et accompagnent efficacement les images. Il reste cependant que les passages chantés, bien que distrayants, s'avèrent moins convaincants que ceux que l'on a pu apprécier dans L'ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK.

      L'équipe artistique a su créer des personnages à l'allure extrêmement réussie. Si les êtres humains demeurent caractérisés par une apparence essentiellement caricaturale, ce sont les créatures fantastiques d'outre-tombe qui régalent véritablement les yeux : cadavres et autres squelettes sont très soignés et leur côté totalement déjanté reste véritablement jouissif à regarder. L'un des points forts du film est incontestablement le personnage de la mariée défunte, marionnette plus vraie que nature qui possède un côté très séduisant malgré ses « membres » osseux qu'elle ne contrôle pas toujours.

      Alors que sur la forme, LES NOCES FUNEBRES convainc, c'est surtout sur le fond que le bas blesse. En effet, si le scénario basé sur une légende russe est original, on peut en revanche regretter le manque d'âme et de profondeur du film. Tout ou presque y est plus que prévisible, les rebondissements sont inexistants et l'ensemble pêche par un manque évident de sincérité. Le travail sur les principaux protagonistes reste bien trop sommaire et même si l'on parvient assez aisément à éprouver de la sympathie pour les attachants Victor, Victoria et la mariée défunte, les autres personnages demeurent trop caricaturaux, que ce soient les parents des mariés ou encore Lord Barkis Bittern, cet être répugnant coureur de dot. Par ailleurs, l'intrigue, si plaisante soit-elle, peine à déclencher un intérêt véritable, tant et si bien que nombreux pourront être les spectateurs à ne pas se sentir concernés par l'histoire.

      Caractérisé par une incontestable beauté formelle et une originalité évidente, LES NOCES FUNEBRES se révèle pourtant être un film d'animation décevant puisque dénué de tout suspense au synopsis désespérément creux. L'ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK demeurera encore pour quelques années du moins, une référence en la matière puisque ce nouveau film de Tim Burton engendre une déception des plus légitimes !

    4. Le Labyrinthe de Pan

      Publié le 11 Nov 2006 à  9:20

      Avec LE LABYRINTHE DE PAN, Guillermo Del Toro a choisi de réaliser un projet extrêmement ambitieux puisqu'il mélange réalité crue et monde fantastique. LE LABYRINTHE DE PAN, c'est l'histoire d'une jeune fille, Ofélia, contrainte d'accompagner sa mère Carmen, récemment remariée, chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste qui commande une base reculée dans les montagnes pour massacrer les résistants au nouveau régime en place. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...

      Quelques années après une escapade hollywoodienne décevante, Guillermo Del Toro revient à un cinéma de genre plus noble. Pour cela, il emprunte allégrement au cinéma fantastique et au film d'horreur, ce qui lui permet de créer un univers unique ou l'inquiétant côtoie le merveilleux. La jeune Ofélia (incarnée par la très prometteuse Ivana Baquero) sert de lien entre le monde réel, un monde cru et violent dirigé localement par son cruel beau-père de capitaine (campé par un Sergi Lopez glacial et véritablement inquiétant en militaire fasciste) et le monde magique du Pan. En effet, elle demeure la seule personne humaine à pouvoir percevoir cet univers onirique peuplé d'êtres magiques composé de fées, faune, animaux et autres créatures surnaturelles et a la lourde de charge de devoir survivre dans deux mondes différents : celui du néo-fascisme d'une part et celui des défis « imposés » par le Pan d'autre part. Ofélia avide de lecture propice au rêve et prise en otage, décide d'opter pour le monde magique, celui qui la fera princesse d'un royaume peuplé de créatures improbables et, inquiète à juste titre, débute les épreuves.

      Pour le côté fantastique du métrage, Guillermo Del Toro s'est appuyé sur des références connues de chacun. En effet, les clins d'œil à Alice au pays des merveilles ou à Barbe Bleue sont évidents de même que l'allusion au fruit défendu de l'histoire mondialement connue d'Adam et Eve. La présence de ces éléments universels permet au spectateur de ne pas être totalement perdu dans ce dédale de faits dont il s'agit de saisir la symbolique mais lui permet aussi de s'identifier davantage à Ofélia en retombant temporairement en enfance.

      LE LABYRINTHE DE PAN n'est pas seulement un conte fantastique, c'est aussi un moyen pour le cinéaste de pointer le doigt sur l'extrémisme en vigueur en Espagne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Pour ce faire, il a choisi de faire du capitaine Vidal le mal incarné. Fasciste, misogyne, brutal, dénué de toute sensibilité hormis peut-être celle d'engendrer un enfant de sexe mâle indispensable à la reproduction de sa descendance, le militaire, joué par un Sergi Lopez véritablement détestable et bluffant de crédibilité, symbolise parfaitement l'inhumanité propre à tout mouvement extrémisme qui attise la haine et prône une idéologie négative. Guillermo Del Toro a entièrement réussi son objectif en symbolisant à l'écran le franquisme par la bestialité de tous les instants dont fait preuve le capitaine Vidal.

      Visuellement, LE LABYRINTHE DE PAN ne souffre d'aucune contestation possible : le film est beau, parfois sublime, aidé en cela d'effets numériques d'excellente facture, de mouvements de caméras virtuoses et d'une utilisation parcimonieuse des filtres qui permettent de retranscrire à l'écran l'atmosphère souvent étouffante des trépidantes tribulations d'Ofélia. Il est cependant regrettable que Del Toro se soit parfois laisser aller à une surenchère d'effets gore ou de violence gratuite pour visiblement satisfaire un public demandeur d'hémoglobine. Il faut aussi dire un mot sur la bande originale du film qui revêt une importance capitale : tantôt lyrique, tantôt mélancolique, elle accompagne efficacement le dénouement de l'histoire et permet d'accentuer, s'il en était besoin, les émotions ressenties tout au long du film.

      LE LABYRINTHE DE PAN est une indéniable réussite esthétique doublé d'un conte pour adulte d'une noirceur et d'une tristesse inouïes. Guillermo Del Toro prouve qu'on peut combiner cinéma populaire à gros budget et réflexion sur les problèmes de nos sociétés. Il a réussi à accoucher d'une œuvre maîtresse qui ne peut que marquer les esprits tant la morale si crue de l'histoire ne peut que toucher chaque être au plus profond de son cœur.




    5. Il était une fois en Chine

      Publié le 08 Nov 2006 à  11:35

      Après avoir remis au goût du jour le polar (la trilogie le Syndicat du Crime) et le film de fantômes (la trilogie Histoire de Fantômes Chinois) en tant que producteur, Tsui Hark revêtait au début des années 1990 son costume de réalisateur pour révolutionner le film de sabre et de kung-fu. Pour cela, il s'approprie le personnage légendaire de Wong Fei-Hong, médecin adepte du kung-fu à la philosophie très sereine ayant réellement existé lors de cette époque et choisit la star martiale Jet Li tant pour ses performances acrobatiques et sa virtuosité technique que pour son jeu d'acteur extrêmement sobre et sa classe et son élégance.

      Once Upon a Time in China est bien entendu une fresque épique qui vaut indéniablement le détour pour ses nombreux combats. Ces derniers sont chorégraphiés de main de maître avec le savoir faire made in Hong-Kong propre aux films du genre. Qu'ils soient à mains nues, avec des armes ou des objets familiers, ils sont variés de bout en bout du métrage et rivalisent de prouesses virtuoses notamment grâce aux câbles utilisés pour les combats aériens aux acrobaties proprement hallucinantes de virtuosité. Toute l'équipe chargée de l'animation des arts martiaux mérite amplement le respect tant les combats sont filmés avec une fluidité remarquable et un sens indéniable du spectacle.

      Ces combats rythment parfaitement le métrage et servent de trame efficace au récit mais ils ne constituent pas le seul atout du film. En effet, le réalisateur insère habilement des éléments de comédie, de romance pour insuffler un peu de légèreté à un contexte historique difficile pour la Chine de la fin du XIXème siècle où le pays était victime de l'impérialisme des colons anglais et américains. D'ailleurs, à cette occasion, Tsui Hark n'hésite pas à pointer du doigt des phénomènes malheureusement universels comme le nationalisme, le banditisme, l'esclavagisme ou le proxénétisme à l'état industriel et pose le débat : un pays a-t-il intérêt à s'inspirer des avancées techniques et scientifiques de ce qui se fait ailleurs quitte à renier ses racines et sa culture ? Tsui Hark montre l'occidentalisation malsaine subie par son pays et dresse un portrait peu flatteurs des colons avec un regard certes peu objectif mais il faut reconnaître qu'une part de vérité existe certainement à ce niveau. On remarque que malgré cela, le réalisateur refuse la dramatisation à outrance comme c'est trop souvent le cas pour les films occidentaux.

      Il convient de ne pas oublier le côté esthétique du film. La partition musicale tout bonnement magique savamment concoctée par le regretté James Wong accompagne habilement toutes scènes du film, du drame à la comédie en passant par les combats et de son côté, Tsui Hark n'oublie pas de nous livrer des plans de toute beauté via des filtres et des ralentis judicieusement utilisés, ou encore de magnifiques scènes se déroulant sous la pluie qui laissent simplement bouche bée tant elles sont propices au rêve.

      Il était une fois en Chine mélange agréablement cinéma populaire et réflexions sur le monde et saupoudre ces ingrédients d'une importante pincée de spectacle totalement jouissif et d'un zeste de comédie burlesque habile. Tsui Hark débutait en 1991 la saga des Once Upon a Time in China en réalisant une œuvre maîtresse et surtout universelle.