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Mes Critiques de Films

  • Toutes mes Critiques de Films publiées sur CineMovies!!


    1. Quelques jours en septembre

      Publié le 15 Sept 2006 à  10:01

      Au début, on ne comprend pas bien qui sont tous ces personnages, quelles sont leurs relations et ce qu'ils foutent là. C'est la caution film d'espionnage. Il y a une femme, Irène, qui doit bientôt retrouver un certain Elliot, pris au coeur de secrets diplomatiques d'une gravité sans nom (petit indice : le film se déroule début septembre 2001). Accompagnée des deux enfants d'Elliot, Irène se rend bientôt à Venise en attendant qu'il la contacte. Pas gagné, d'autant qu'un vilain tueur en perpétuelle analyse cherche à buter le monsieur. L'imbroglio d'espionnage n'ira pas beaucoup plus loin : Quelques jours en septembre est d'abord un film de dialogues, un drôle d'objet mêlant intime, burlesque et thriller. Santiago Amigorena, scénariste chevronné et écrivain reconnu, est un fin lettré et il le montre : multiples références littéraires (une profusion de poètes est citée), tirades enflammées... et bavardages incessants. Car on le constate très vite : le film d'Amigorena parle trop, tout le temps, à tel point que c'en est fatigant. D'autant que les personnages enfilent souvent les généralités, que ce soit sur les Américains ou les Français. Si c'est volontaire, alors c'est maladroit. Sinon, c'est assez con.
      Quoi qu'on dise de Quelques jours en septembre, cela peut se résumer par "oui mais". Le casting est admirable mais pas forcément dirigé comme il faudrait (John Turturro agace et Sara Forestier est surtout concentrée sur son anglais alors qu'on la sent en progrès). Le film est bourré de plans vraiment beaux, mais la mise en scène agace par trop de maniérisme (flous à outrance, mouvements de caméra poseurs). Et caetera.
      Pourtant, par moments, le film trouve son rythme. Paradoxalement, c'est dans les moments de creux qu'il est le plus excitant. L'attente d'Irène (excellente Binoche) à Venise avec ses deux jeunes compagnons, faite de balades tranquilles et de bonnes bouteilles de vin, possède un vrai charme. Pourtant, on sent que ce n'est pas ce qui importe à Amigorena. Et quand arrive le 10 septembre, jour où les liens se délient (et veille de...), on est franchement emmerdé se replonger dans une intrigue vaguement politique à laquelle on avait tout compris depuis un bout de temps. La prochaine fois, pour séduire plus franchement, Amigorena devra moins s'éparpiller entre tous les genres qu'il affectionne. Avoir le cul entre mille chaises est une chose fichtrement douloureuse.

    2. Fair play

      Publié le 15 Sept 2006 à  9:58

      C'est fou comme les réalisateurs français sont doués pour foutre en l'air de brillantes idées de films. Bienvenue à Lionel Bailliu dans ce club pas très fermé : Fair play est un ratage à la hauteur de son formidable potentiel de départ. Sur la base de son court-métrage Squash, l'objectif de Bailliu était de pointer du doigt les rapports pervers entre les membres d'une même entreprise à travers leurs rencontres successives dans le domaine sportif.
      Le film de Bailliu est en fait une succession de cinq courts métrages de durées diverses : une course improvisée en aviron, une partie de squash ultra-tendue, un parcours santé qui vire au chantage, une partie de golf menaçante et un rafting sauvage possiblement fatal. Si les intentions sont à chaque fois excellentes, la mécanique perverse de chacun des segments tourne très rapidement à vide, plombée par un côte brouillon franchement agaçant.
      Rien n'est satisfaisant dans cet ersatz de film. La réalisation sale et souvent mal fichue, le montage visiblement exécuté par des novices. Pire, si chaque acteur semble être arrivé sur le tournage avec une mine d'idées pour s'approprier son personnage, c'est au choix excessif ou raté. L'exemple le plus criant est celui de Benoît Magimel, qui semble se régaler dans le rôle du beauf arriviste bedonnant et habillé n'importe comment, mais dont la prestation n'est jamais crédible. En fait, seul Éric Savin se sort d'affaire dans le rôle du boss intraitable. Des dialogues mal dégrossis (on flirte parfois avec la trivialité la plus totale) et des situations prévisibles et systématiques achèvent de faire de Fair play un jeu de massacre bien médiocre.
      Pour finir de se convaincre de la vacuité de l'entreprise, il n'y a qu'à réfléchir au message délivré par le film, et en particulier par la partie rafting. Lorsque celle-ci tourne mal suite aux intempéries (entre autres), la morale délivrée par Bailliu est la suivante : dans ce genre de situation, le pire ennemi de l'homme n'est autre que lui-même. On aurait vu ça en mille millairds de fois mieux dans The descent que ça ne m'étonnerait pas.

    3. Je vais bien, ne t'en fais pas

      Publié le 15 Sept 2006 à  9:58

      Philippe Lioret est un réalisateur que l'on peut qualifier de très classique. Alors que cela rime parfois avec complètement ringard, cela n'a ici rien de péjoratif. Lioret est un honnête artisan qui brosse des films sincères et bien faits, basés sur des histoires simples mais pas vides de sens. Je vais bien ne t'en fais pas n'échappe pas à la règle. Inspiré d'un roman d'Olivier Adam (jeune écrivain qui monte qui monte), le film décrit le calvaire d'une jeune femme d'à peine vingt ans lorsqu'elle apprend que son frère jumeau a quitté le domicile familial suite à une dispute avec son père. Des jours, des semaines, des mois à attendre, avec pour seule raison de vivre les quelques lettres que lui envoie le frangin en cavale.
      Autant ne tromper personne sur la marchandise : Je vais bien ne t'en fais pas est un drame à la française qui ne ferait pas forcément tache un samedi soir sur France 3. Mais ce serait alors le meilleur téléfilm français de l'année. Si la mise en scène est classique, donc, l'interprétation est haut de gamme et vaut à elle seule le détour. Il y a d'abord Mélanie Laurent, comme une évidence, une fille jolie à croquer qui bouffe ses rôles avec une envie rare. Elle porte le film sur ses épaules et lui insuffle une mélancolie pas fabriquée. Face à elle, il y a Kad Merad, toujours plus impressionnant, et qui étincelle dans le rôle du père lâche et mutique. Derrière eux, Isabelle Renauld et Julien Boisselier ne sont pas mal non plus.
      Le film est un drame (Lili, l'héroïne du film, tombe dans la spirale de la dépression) mâtiné d'un suspense un peu malsain (on sait bien qu'un trauma profond est enfoui là-dessous). Comme le côté dépressif de l'intrigue pourrait être trop lourd à supporter, Lioret y injecte de très légères doses d'humour juste assez bien dosées pour alléger le ton sans dériver de son sujet : la difficulté à communiquer avec les siens.
      La fin du film apporte son lot de révélations, et s'il est permis de douter un peu de la crédibilité de la conclusion, tout cela est amené avec suffisamment de finesse pour rendre l'ensemble relativement digeste. De toute façon, l'impeccable classicisme du film de Lioret avait emporté le morceau depuis longtemps. Je vais bien ne t'en fais pas n'est certes pas à conseiller aux ennemis de la qualité française. Mais il fera vibrer les autres à coup sûr.

    4. Flandres

      Publié le 15 Sept 2006 à  9:57

      Le Poulidor du festival de Cannes (deux médailles d'argent en deux sélections officielles) n'a aucun souci à se faire quant à son talent : Bruno Dumont est sans doute le cinéaste français le plus doué de sa génération. Après le sentiment légèrement mitigé laissé par Twentynine palms, son Flandres rassure quant à la forme de son auteur.
      Flandres conte (évidemment) une histoire simple comme Dumont sait les écrire. Ça commence dans un village perdu du Nord de la France. Quand les hommes de là-bas reçoivent une lettre leur demandant de partir à la guerre quelques jours après, les choses changent. Une guerre pas vraiment localisable, mais en tout cas aussi dégueulasse que ça peut l'être. A priori, le refrain n'est pas neuf, mais c'est pourtant ça: ceux qui en reviendront ne seront plus les mêmes, et celles qui les ont attendus ont changé aussi. Ne comptez pas sur le réalisateur de L'humanité pour en rajouter dans le pathos ou pour livrer de grands discours sur l'horreur de la guerre. Il suffit de planter sa caméra dans les lieux-clés où celle-ci se joue, et les conclusions se tirent d'elles-mêmes. L'atrocité de l'ensemble, des balles perdues aux gens qui pètent les plombs, tout cela soulève le coeur et noue les tripes. Car Dumont sait y faire. Il filme bien, filme cru, n'hésite pas à zoomer sur les détails les plus sordides, ceux qu'on ne verra jamais à la télé (quoique). Et se montre plus efficace que tous les réalisateurs de films de guerre du monde.
      Flandres, plus encore que les précédents films de Bruno Dumont, montre que le sexe et la violence sont les deux seuls moyens de se faire comprendre et d'exister, deux langages universels. L'homme (tout comme la femme) n'est qu'un croisement de bonoboo et de hyène, rien de plus. Ceux qui baisent le plus mal sont ceux qu'on écoute le moins. Les violeurs ne méritent même pas qu'on les tue. Le constat est édifiant : on offre son corps pour faire plaisir aux copains ou pour se souvenir qu'on est en vie. Et on oublie la signification de l'acte dit amoureux, quitte à sombrer dans la folie.
      Moins lent, presque plus bavard qu'auparavant, Dumont en dirait presque trop sur la fin. Ce n'est que très peu de choses face à la puissance de son film, âpre et violent, la tempête la plus calme du monde, et sans doute la plus belle aussi. Grand film.

    5. Taxidermie

      Publié le 15 Sept 2006 à  9:57

      György Pálfi n'a pas fini de nous étonner. À 32 ans et en seulement deux films, le monsieur a déjà sa place au paradis des cinéastes barrés. Après un drame policier rural et muet (Hic), voici Taxidermie, récit de la vie peu ordinaire d'une famille hongroise sur trois générations.
      Trois actes de loufoquerie égale. L'acte I se focalise sur Morosgoványi, pauvre type à la solde d'une famille qui l'ignore. Pálfi centre son premier récit sur la queue du pauvre type : elle crache du feu et rentre à peu près n'importe où (un trou dans un mur, de la vaseline, c'est une affaire qui roule). Récit imrobable et onirique de la vie fantasmée d'un mec qui s'enuie tellement qu'il n'a de cesse de jouer avec son engin. Dans l'acte II, le fils de Morosgoványi, est un athlète obèse. Si si : il est l'un des champions de Hongrie d'ingurgitation en grosse quantité. Flageolets, caviar, longes de porc : c'est tout un entrainement. Cette fois, Pálfi est fasciné par le vomi. Ça gerbe dans tous les coins, après ce genre d'épreuve. Merci d'aller voir le film avant de manger. Une histoire impitoyable d'esprit compétition et de rivalité amoureuse, interprétée uniquement par des gens pesant plusieurs quintaux. Slurp. Pour finir, le troisième et dernier acte met aux prises le champion de grosse bouffe et son propre fils qu'il hait (et pour cause : celui-ci a l'extrême mauvais goût d'être aussi maigre que son père est gros). Le fiston est devenu empailleur et vit seul, trop seul. Confrontés à leurs solitudes respectives, les deux hommes se jaugent et se méprisent. C'est le volet le plus désespérant, qui se termine de façon assez dantesque. Son centre de gravité : les boyaux.
      Quéquette + vomi + tripes, on l'aura compris, Pálfi est obsédé par la matière, le gluant, le suintant, les bruits de succion et autres réjouissances. Si ça peut légitimement faire fuir tout un chacun, on peut aussi prendre Taxidermie comme un monument d'humour grinçant ornementé par une mise en scène toujours surprenante. S'il est bien loin de Hic, Pálfi manifeste à nouveau son penchant pour les détails les plus infimes, qu'il pointe du doigt à merveille. C'est comme si Kusturica rencontrait Matthew Barney, sauf que c'est en plus très drôle. À ne pas mettre entre toutes les pognes, Taxidermie signe cependant la confirmation d'un talent rare et singulier. La Hongrie peut être fière de son rejeton.