Samaria
Publié le 08 Mars 2007 à 12:57
Pour ceux qui comme moi ont découvert Kim Ki-Duk avec l'Ile ou Printemps, été..., Samaria est une véritable promesse. Tous les thèmes chers à l'auteur sont en effet présents dans cette oeuvre. La douleur de vivre, L'auto punition, la tentation de la violence, la rédemption par l'amour. Et ces thèmes sont cette fois développés sur un véritable sujet de société qui ne peut que nous toucher, puisqu'il s'agit de la protistution d'adolescentes.
On aura du mal à oublier le sourire figé jusque dans la mort de Jae-young qui mieux que tout discours nous dévoile le vide intérieur de son existence. C'est par ce sourire qu'elle nous explique pourquoi elle se donne si facilement. Pas pour l'argent qui n'est qu'un prétexte, mais pour se détruire. S'auto-détruire. Et c'est le personnage le plus réussit du film, car le plus proche de l'univers de son auteur. Jae-young est un ange qui n'a plus rien à perdre, même pas la vie.
Kim Ki-Duk sait en effet nous rendre palpable toute la détresse de cette jeune fille sans qu'elle ne l'exprime autrement que par son sourire. Et c'est bien ce qui fait la force de ce réalisateur. Dans l'Ile par exemple, le nombre de lignes de dialogue était inversement proportionel à l'émotion dégagée. Et c'est par le language universel des sentiments que se crèe l'empathie pour les personnages. C'est d'ailleurs cette façon de filmer dépourvue d'artifices qui nous plait tant chez le coréen, et peut être même dans le cinéma asiatique contemporain en général. Une sorte de retour aux sources qui nous évoque le cinéma muet. Car les mots sont souvent trop faibles pour contenir toute la douleur intérieure qui consume les personnages. Et l'intelligence de Kim Ki-Duk est de nous savoir suffisament sensibles à ces souffrances sans avoir besoin d'y consacrer plus qu'un regard ou un sourire.
Et pourtant, Samaria n'est pas le grand film espéré. Car si tout ce qui a été dit plus haut reste valable pour chacune des parties du film, on peut aussi y déceler son contraire. Certains personnages deviennent bavards. Certaines scènes comme celle du client de Jae-Young qui arrive trop tard à l'hopital sont même grossières et indignes de ce rélisateur. Plus rien n'y est suggéré. Les caractères deviennent lourds, les réactions soulignées avec trop d'insistance. Comme si ces parties du film lui avaient échapées.
Quant à la violence que l'on sentait déborder du plus profond de l'âme des personnages dans ses précédents films, c'était une violence non calculée, incontrolable et vaine. Et on retouve heureusement cette influence dans Samaria, comme dans la scène admirable où Jae-Young se donne la mort. Mais on est surpris d'y voir également un violence plus sèche, plus Kitanienne exactement. C'est à dire une violence plus dérisoire car controlée et controlable. Et le caractère du père de Yeo-Jin en devient alors moins interessant. Ce n'est plus un personage de Kim Ki-Duk à part entière car il réalise sa vengeance au nom d'une morale certaine. La violence qu'il libère devient pour lui rédemptrice puisqu'auto-justifiée.
Pour finir, on peut aussi regretter l'influence de Kitano sur la fin du film et son "jeu de plage" au bord du lac. Ce jeu étant ici beaucoup trop chargé d'une symbolique émancipatrice pour être vraiment efficace. Là ou Kitano sait sortir de l'histoire et créer un intermède avec ses jeux de plages, qui ne servent alors qu'à souligner les pulsions caractérielles de ses personages, Kim- Ki-Duk utilise cette séquence comme une ellipse. Elle en devient alors trop chargée de sens pour devenir poetique. Tout l'inverse du final de l'Ile qui savait prendre ses distances avec l'histoire et éviter cet ecceuil sémantique.
Au final, un film inégal, qui nous montre parfois le meilleur de son réalisateur, mais qui révèle aussi une envie d'aller vers un public plus large, ainsi qu'un public de festival (ours d'argent à Berlin). Kim Ki-Duk n'a pas besoin d'influence, ni de Kitano ni d'autres pour faire de grands films. Nul doute qu'il saura encore nous le montrer.
On aura du mal à oublier le sourire figé jusque dans la mort de Jae-young qui mieux que tout discours nous dévoile le vide intérieur de son existence. C'est par ce sourire qu'elle nous explique pourquoi elle se donne si facilement. Pas pour l'argent qui n'est qu'un prétexte, mais pour se détruire. S'auto-détruire. Et c'est le personnage le plus réussit du film, car le plus proche de l'univers de son auteur. Jae-young est un ange qui n'a plus rien à perdre, même pas la vie.
Kim Ki-Duk sait en effet nous rendre palpable toute la détresse de cette jeune fille sans qu'elle ne l'exprime autrement que par son sourire. Et c'est bien ce qui fait la force de ce réalisateur. Dans l'Ile par exemple, le nombre de lignes de dialogue était inversement proportionel à l'émotion dégagée. Et c'est par le language universel des sentiments que se crèe l'empathie pour les personnages. C'est d'ailleurs cette façon de filmer dépourvue d'artifices qui nous plait tant chez le coréen, et peut être même dans le cinéma asiatique contemporain en général. Une sorte de retour aux sources qui nous évoque le cinéma muet. Car les mots sont souvent trop faibles pour contenir toute la douleur intérieure qui consume les personnages. Et l'intelligence de Kim Ki-Duk est de nous savoir suffisament sensibles à ces souffrances sans avoir besoin d'y consacrer plus qu'un regard ou un sourire.
Et pourtant, Samaria n'est pas le grand film espéré. Car si tout ce qui a été dit plus haut reste valable pour chacune des parties du film, on peut aussi y déceler son contraire. Certains personnages deviennent bavards. Certaines scènes comme celle du client de Jae-Young qui arrive trop tard à l'hopital sont même grossières et indignes de ce rélisateur. Plus rien n'y est suggéré. Les caractères deviennent lourds, les réactions soulignées avec trop d'insistance. Comme si ces parties du film lui avaient échapées.
Quant à la violence que l'on sentait déborder du plus profond de l'âme des personnages dans ses précédents films, c'était une violence non calculée, incontrolable et vaine. Et on retouve heureusement cette influence dans Samaria, comme dans la scène admirable où Jae-Young se donne la mort. Mais on est surpris d'y voir également un violence plus sèche, plus Kitanienne exactement. C'est à dire une violence plus dérisoire car controlée et controlable. Et le caractère du père de Yeo-Jin en devient alors moins interessant. Ce n'est plus un personage de Kim Ki-Duk à part entière car il réalise sa vengeance au nom d'une morale certaine. La violence qu'il libère devient pour lui rédemptrice puisqu'auto-justifiée.
Pour finir, on peut aussi regretter l'influence de Kitano sur la fin du film et son "jeu de plage" au bord du lac. Ce jeu étant ici beaucoup trop chargé d'une symbolique émancipatrice pour être vraiment efficace. Là ou Kitano sait sortir de l'histoire et créer un intermède avec ses jeux de plages, qui ne servent alors qu'à souligner les pulsions caractérielles de ses personages, Kim- Ki-Duk utilise cette séquence comme une ellipse. Elle en devient alors trop chargée de sens pour devenir poetique. Tout l'inverse du final de l'Ile qui savait prendre ses distances avec l'histoire et éviter cet ecceuil sémantique.
Au final, un film inégal, qui nous montre parfois le meilleur de son réalisateur, mais qui révèle aussi une envie d'aller vers un public plus large, ainsi qu'un public de festival (ours d'argent à Berlin). Kim Ki-Duk n'a pas besoin d'influence, ni de Kitano ni d'autres pour faire de grands films. Nul doute qu'il saura encore nous le montrer.